- Paraît chaque dimanche à 8 heures tapantes, méridien de Paris -

dimanche 15 octobre 2017

Viiite, sors des WC, ça uuuuurge !!!!







La fausse citation est une pathologie dont on ne se débarrasse pas facilement. Je dois à la vérité de dire que j'ai fait une rechute au début des années 2000 quand j'ai commencé à mettre en exergue des chapitres de mes livres des pensées de mon cru que j'attribuais à différents personnages de mes romans. Des citations que je mélangeais outrageusement à d'autres, vraies, de Confucius, Churchill, de Gaulle ou Shakespeare. Que mes lecteurs veuillent bien me pardonner : l'imposture a fonctionné, je ne me suis jamais fait prendre et grande est ma confusion. Mais c'est ainsi que j'ai pu faire revivre, en leur donnant la parole, Jehan Dieu de la Viguerie (Le Sieur Dieu) ou bien Antoine Bradsock (Un très grand amour).

Franz-Olivier Giesbert

Dictionnaire d'anti-citations, pour vivre très con et très heureux


Franz-Olivier Giesbert

















Bonjour à toutes et tous!


Petit rappel?


Le 1er octobre, nous commencions un tout nouveau chapitre, consacré à la très sympathique racine indo-européenne *werǵ-, “faire”. 

d'une fille un peu stupide, on ne dit plus qu'elle est gentille, on dit qu'elle est organisée.

Le point de départ de cette nouvelle quête ? 



La quête du Saint Graal, vue par Monty Python


À la manière de Proust: “À la recherche du sens perdu d'organiser.

Car oui, nous allions découvrir que derrière ce verbe si commun qu'il en devient invisible, se cachait, via le grec ancien ἔργον, érgon, “oeuvre, action, travail, tâche...”, cette si jolie racine.




*werǵ-, “faire”

forme au timbre o *worǵ-
nom indo-européen *wérǵom-, “travail”

 proto-hellénique *wérgon-

grec ancien ἔργον, érgon, “oeuvre, action, travail, tâche...”

grec ancien ὄργανον, órganon, “instrument, instrument de musique, organe...”

latin classique organum, instrument...

français organe

organiser 



Et nous établissions également, par la même occasion, le pont entre organiser et organe, ou orgue.



La semaine suivante, nous allions ensuite passer tout un dimanche ... 
('y en a qui n'ont que ça à f**tre)
l'ergothérapeute était allergique à toute liturgie
... à évoquer d'autres dérivés de *werǵ-, “faire”, toujours passés par le grec ancien ἔργον, érgon
  • comme argon, ou
  • tous ces mots... 
  • en ergo- (ergonomie , ergothérapie), ou encore 
  • en -ergie / -urgie: énergie, allergie, léthargie, chirurgie, liturgie, métallurgie...


Bon ben, aujourd'hui, on continue !

L'équipe du dimanche indo-européen (presque) au grand complet, avant
d'embarquer pour une nouvelle mission

ici, dans les locaux du dimanche indo-européen, réunion de rédaction et de
coordination du dimanche matin


Oui, car il y a encore quelques très beaux mots que nous avons reçus du grec ancien ἔργον, érgon, “oeuvre, action, travail, tâche...”, qu'il serait dommage d'oublier...



Commençons par ...

Un emprunt au grec tardif de la seconde moitié du XVIIIème.
 - Oh, j'en ai marre de tout faire tout seul, je vous mets à contribution, à vous de trouver les dérivés, aujourd'hui -
Ce mot est un composé.

Que l'on peut réduire à deux termes anciens grecs.

Le deuxième, c'est facile, c'est ἔργω, érgô, travailler, faire.

Quant au premier? Il signifiait action”.


Une idée?

Si ce n'est déjà le cas, tout deviendra parfaitement limpide quand j'ajouterai qu'en grec ancien, ce premier terme désignait l'action, certes, mais aussi... le drame.

YESSS !

Drama-turge 
- “auteur d'ouvrages destinés au théâtre”, si l'on en croit Le Grand Robert de la langue française -,
du grec ancien δραματουργός, dramatourgós, composé de ...
  • δρᾶμα, δράματος, drâma, drámatos, “action, drame”, 
et de 
  • ἔργω, érgô, “travailler, faire”.

De dramaturge dérivent aussi, bien évidemment, nos dramaturgie et dramaturgique.


le grand dramaturge Edward Albee,
auteur de Qui a peur de Virginia Woolf ? (Who’s Afraid of Virginia Woolf?),
et qui nous a quittés il y a un peu plus d'un an



Allez, un autre dérivé...

Dont l'emploi est disons, plus... littéraire.

Emprunt cette fois du début du XVIIème, toujours au grec ancien, et spécialement, sémantiquement,  au grec chrétien...

Composé, en deux parties, donc la deuxième est toujours -urge...


Jusque là...

La première, elle, fait référence, étymologiquement, à la vue, à la vision... 

Oui, non ?

On continue !

Ce premier terme est construit sur un mot grec ancien, donc, qui est la réfection ...
(Pour rappel, la réfection, en linguistique, est une sorte de retour aux sources, car consiste à transformer un mot pour le rapprocher de sa forme d’origine.)
... de  θέα, théa, “vue, vision”, que l'on suppose être le déverbal d'un ancien verbe dont on n'a plus aucune trace (d'où le *), *θεῶ, *théô“voir, regarder, fixer...”, mais dont θεάομαι, theáomai, “regarder, admirer” serait dérivé.


Alors, vous trouvez ?

Ce premier terme, c'est ...  θαῦμα, thaûma, qui pouvait signifier ...

  • objet d’admiration ou d’étonnement, ou
  • objet merveilleux (ou alors, à l'inverse, monstrueux), d'où aussi, 
  • au pluriel, tours de force ou d’adresse, d'où aussi...
  • étonnement, admiration, surprise...

Ainsi, θαῦμα, thaûma, pouvait correspondre au sens de notre français merveille.

Et le grec ancien θαυματουργός, thaumatourgós, pouvait s'entendre littéralement comme le faiseur de merveilles. 

Dans un sens religieux: faiseur de ... miracles.


Thaumaturge: 
Qui fait des miracles,  Faiseur de miracles
(merci Le Grand Robert)

Saint Grégoire le Thaumaturge, évêque de
Néocésarée en Cappadoce
214 - vers 270

Vous en connaissez beaucoup, vous, d'évêques de
Néocésarée en Cappadoce ?
C'est bien là où je voulais en venir: MIRACLE !



Et si nous passions au dérivé suivant ?

Ici, l'équipe du dimanche envisage de passer au dérivé suivant


Le mot composé ancien grec à l'origine de cet emprunt
- que l'on retrouve pour la première fois chez Rabelais, en 1546 -, 
s'entendait chez Homère, littéralement, comme “qui travaille pour le peuple, le public”, et désignait ainsi toute personne qui exerçait une profession: de l'ouvrier au médecin, en passant par le devin.

Il se composait de δῆμος, dêmos, peuple”, et toujours de ἔργον, érgon, “travail”.

De là, et par la suite, il désignera tout homme qui exerce une profession manuelle: celui qui produit, qui crée.

En extrapolant, et dans un cadre religieux - c'est ainsi que l'entendait Platon: Celui qui nous a créés:  le Créateur. Le créateur de l'univers.



Vous avez trouvé ? Hein, hein ??

Ouiii, il s'agit du grec ancien δημιουργός dêmiourgos.

Que nous avons emprunté, via le latin demiurgus, sous la forme... démiurge.


Ce que nous en dit l'intarissable Robert ?
En philosophie ancienne: 
Le dieu architecte de l'univers, pour les Platoniciens et leurs émules.
Pour les gnostiques, 
Être émanant de l'Être suprême, parfois considéré comme malfaisant.
En littérature, 
Créateur (d'une œuvre), animateur (d'un monde).



Non, mais, vous vous rendez compte ?
De où nous entraîne notre organiser, barbant à s'en décrocher la mâchoire ?

Et tout ça, rien que par le grec ἔργον, érgon, dérivé de *werǵ-“faire”...



Allez, on poursuit !


Présentation à la Presse de l'idée de poursuivre l'article, par un représentant
du comité exécutif du dimanche.
(Idée globalement bien reçue)

Selon la même méthode: je vous donne le matériel, mais c'est vous qui travaillez.


Ce mot, attesté dans la première moitié du XVIIème, s'est d'abord employé en numismatique. 

Il y désignait ce petit espace réservé au bas d'une monnaie, ou d’une médaille, pour y mettre une date, une inscription, une devise...

Nous l'avons emprunté au latin scientifique - et donc moderne -, où le mot n'est que la latinisation de deux mots grecs anciens accolés, l'un signifiant “en dehors”, et l'autre “oeuvre”, pour donc signifier “(espace) hors de l'oeuvre”.

Oui ?

Le mot latin, c'était ex-ergum, latinisation du composé nouvellement créé grec ancien

  • ἐκ, ek, “hors” 

et
- je vous le donne en mille -

  • ἔργον, ergon, “oeuvre”.


Et OUI, nous en avons fait le français... exergue !
Sans qui le début des articles de ce blog n'aurait pas vraiment la même saveur...

trouvé sur eBay: une médaille “Hommage au Notariat”



Pour le dernier - si si - dérivé de ce dimanche, un mot que jamais (jamais) vous ne rapprocheriez de ces énergie, métallurgie ou autres démiurge.

JA - MAIS.


Mais je me dois aussi de vous prévenir: à son sujet, rien n'est très sûr ; son étymologie reste ... mystérieuse (ahaha, je ris ; vous verrez rapidement pourquoi), même si son rapprochement avec ἔργον, érgon est une des hypothèses les plus plausibles quant à son ascendance
C'est bien entendu cette théorie que je vous présente ici.


À l'origine, en grec ancien, il signifie, dans la droite ligne sémantique de ἔργον, érgon, non pas tant l'action, ou le travail, que ... l'acte.

L'acte sacré. L'acte rituel.

Au singulier, ce dérivé de ἔργον, érgon, usité rarement, c'était ... ὀργῐ́ων, órgion.
Mais c'est surtout au pluriel qu'il était connu: ὄργια, órgia.

Ces órgia grecques désignaient des cérémonies religieuses, et spécialement les cérémonies des cultes à mystères et initiatiques, comme ceux de Déméter à Éleusis, les fameux “Mystères d’Éleusis” (“Ἐλευσίνια Μυστήρια”).


la délicieuse Perséphone, fille de Déméter, au centre des Mystères d'Éleusis

Les Romains empruntèrent ce pluriel ὄργια, órgia pour en faire - avec beaucoup de bon sens, il faut le dire -, le neutre pluriel orgia.

Ils l'employèrent alors, à leur tour, pour désigner les fêtes solennelles en l'honneur de Bacchus.


Et puis, et puis, le christianisme aidant, qui aimait tant insister sur la différence entre la Seule Vraie Religion et les infâmes cultes païens, le latin orgia fut détourné de son sens initial, pour aboutir à la valeur que nous lui connaissons à présent en français, et telle que nous la transmet le Robert: 

orgie: 
partie de débauche, où les excès de table et de boisson s'accompagnent de plaisirs érotiques et sexuels (considérés comme grossiers ou pervers par l'ensemble social).





*werǵ-“faire”

forme au timbre o 
*worǵ-

nom indo-européen *wérǵom-, “travail”

 proto-hellénique *wérgon-

grec ancien ἔργον, érgon, “oeuvre, action, travail, tâche...”

composés français en -urge, exergue, et probablement aussi orgie




Et voilà, toute l'équipe du dimanche indo-européen





se joint à moi pour vous souhaiter, à toutes et tous, un excellent dimanche,
et une très bonne semaine !



Frédéric



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Et pour nous quitter,

Des voix bulgares...

Oui, vous penserez comme moi au Mystère des Voix Bulgares, 
célèbre chorale féminine.


Ce n'est pas le Mystère des Voix Bulgares qui chante ici, 
mais il s'agit bien de folklore bulgare.
Et c'est superbe.



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dimanche 8 octobre 2017

l'ergothérapeute était allergique à toute liturgie









Pour engloutir mes sanglots apaisés
Rien ne me vaut l'abîme de ta couche ;
L'oubli puissant habite sur ta bouche,
Et le Léthé coule dans tes baisers.”

Charles Baudelaire,

Les Fleurs du mal







Bonjour à toutes et tous!


Dimanche dernier, nous entamions un nouveau chapitre, consacré à la racine indo-européenne *werǵ-, “faire”.


Nous avions déjà vu que par le grec ancien ἔργον, érgon, “oeuvre, action, travail, tâche...”, elle nous avait donné organe, orgue et organiser.

Et je suis en-chan-té de constater, par les commentaires que vous avez laissés,  que certains d'entre vous ont pressenti la suite, et que donc, pour ceux-là, la démarche étymologique par les racines indo-européennes devient naturelle

Cette démarche qui vous permet de rassembler ce qui est épars - ou semble l'être ! -, de retrouver les liens étroits entre des mots anciens grecs ou germaniques, français, celtiques ou sanskrits (soyons fous), et réaliser à quel point nos langues indo-européennes modernes sont construites sur les mêmes fondations, préhistoriques, et pourtant toujours bien présentes. 


Mais... n'allons pas trop vite !

Avant de passer à d'autres groupes linguistiques où nous retrouverons des dérivés de *werǵ-, restons encore, voulez-vous, auprès du grec ancien ἔργον, érgon (“oeuvre, action, travail, tâche...”, pour ceux qui n'auraient pas dû se lever si tôt - ou se coucher si tard).

Car même si nous pouvons deviner certains dérivés français que nous lui devons, mmmh, il se pourrait que certains vous aient échappé...


*werǵ-“faire”

forme au timbre o 
*worǵ-

nom indo-européen *wérǵom-, “travail”

 proto-hellénique *wérgon-

grec ancien ἔργον, érgon, “oeuvre, action, travail, tâche...”


Alors !

Si ἔργον, érgon désignait l'oeuvre, le travail, l'adjectif ἀργός, argós désignait celui qui ne travaille pas. Par extension, le fainéant, le paresseux.

Oui, car ἀργός, argós, n'était que la contraction de ἀεργός, aergós, où vous pouvez clairement identifier un superbe ἀ- privatif.

Le neutre de ἀργός, argós, c'était ἀργόν, argón.

Le 13 août 1894, lorsque Sir William Ramsay et Lord Rayleigh annoncèrent qu'ils venaient de découvrir le premier des gaz rares - ce qu'on appelait à l'époque gaz nobles -, ils le baptisèrent... argon. 

Parce que ce gaz  - il faut bien le reconnaître, ne f*tait vraiment pas grand-chose. Disons-le carrément: il était particulièrement inerte.

Contrairement à l'argon, Ramsay et Rayleigh travaillaient d'arrache-pied. 
Et en 1904, leurs travaux furent récompensés à leur juste mesure: par le prix Nobel de Chimie pour Ramsay et celui de Physique pour Rayleigh.

Respect.






grec ancien ἔργον, érgon, “oeuvre, action, travail, tâche...”

ἀργός, argós, contraction de ἀεργός, aergós, “qui ne travaille pas”

forme neutre ἀργόν, argón

argon, gaz inerte



De  ἔργον, érgon, nous arrivent également tous ces mots en ergo-, ou se terminant par -ergie...

Ergo-?

Comme ergonomie, étude scientifique des conditions (psychophysiologiques et socio-économiques) de travail et des relations entre l'homme et la machine.
Oh, merci Le Grand Robert de la langue française.


Ou comme ergothérapie, “thérapeutique par le travail”, 
terme imaginé par quelques fous furieux pas trop bien dans leur tête pour prendre au pied de la lettre l'expression “le travail c'est la santé”.


-ergie?

Yesss: énergie ! 

Nous avons emprunté énergie au bas latin tardif energia, emprunté - comme c'est étrange - au grec ancien ἐνέργεια, enérgeia, “force en action, activité”, créé sur le composé ἐνεργός, energós, “actif”, que nous pourrions décomposer en ... 

  • ἐν, en, “en”
et
  • ἔργον, érgon (oui, toujours “travail”), 

ce qui donnerait littéralement “au travail”, “en (plein) travail”...

Énergie propre

Rien n'est jamais ni tout blanc, ni tout noir









































À l'inverse d'énergie, nous trouvons...
- je vous donne la définition du Robert, vous m'en donnerez le mot -
“État pathologique caractérisé par un sommeil profond et prolongé dans lequel les fonctions de la vie semblent suspendues.”

Oui?

OUIII !!

léthargie !

Nous l'avons tiré du bas latin lēthargia, terme médical emprunté au grec tardif ληθαργία, lēthargía, “somnolence, engourdissement”, basé sur le grec ancien λήθαργος, lḗthargos, “distrait, étourdi, - ou comment dire ? -... léthargique”, composé de ...

  • λήθη, lḗthē, “oubli” - oui, pensez au fleuve Léthé, un des cinq fleuves des Enfers, le “fleuve de l'Oubli”...

et

  • ἀργός, argós, “qui ne travaille pas”.

























Allez, un autre mot en -ergie !
Non. Pas RJ45. Ça, c'est vraiment très mauvais. Navrant. Vous devriez avoir honte.
prises de réseau Ethernet RJ45


Allez, la définition (signée Le Robert):
Modification des réactions d'un organisme à un agent pathogène, lorsque cet organisme a été l'objet d'une atteinte antérieure par le même agent.

Oui? 
allergie !

Allergie n'est pas un emprunt au latin, mais à ... l'allemand !

À l'allemand Allergie, mot créé par le pédiatre autrichien Clemens von Pirquet, en 1906, qui le construisit sur le grec ancien ἄλλος, állos, “autre” et sur ... - ben oui - ἔργον, érgon, “travail, activité...”, en prenant comme modèle l'allemand “Energie”, que par délicatesse, je ne vous traduirai pas.


Clemens Peter Freiherr von Pirquet
12 mai 1874 – 28 février 1929


Ici, dans une unité pédiatrique autrichienne,
une soirée à thème Clemens von Pirquet.

Qui a dit que les Autrichiens n'avaient pas d'humour ?


Autre activité ? Mais ça ne veut RIEN dire !
- Oui, j'avoue que la traduction littérale du terme n'est pas ce qu'il y a de plus parlant. 

Peut-être von Pirquet aurait-il dû faire appel à un linguiste, pour créer son nouveau mot ?

Quoi qu'il en soit, comprenez que von Pirquet définissait cette nouvelle notion comme une réactivité altérée et excessive.





Et on continue le tour des dérivés de ἔργον, érgon en -ergie...

Avec synergie !

On pourrait penser que ce mot est récent.
En fait, il l'est (il date des années 1960), mais dans une acception précise, et un contexte précis, celui de l'entreprise, de la publicité, du journalisme, de l'économie: “action coordonnée de plusieurs éléments”.

Mais à l'origine, synergie est un emprunt (savant), de la fin du XVIIIème, au grec ancien συνεργία, sunergía,coopération”, introduit en physiologie pour désigner l'action coordonnée de plusieurs organes concourant à un effet unique, comme dans synergie musculaire...

Synergie est composé de ...

  • σύν, sún, “avec, ensemble”

et de

  • ἔργον, érgon, “travail”.

Synergie chez Disney, 1967



Dans la famille des mots en -ergie qui sont nettement plus vieux qu'ils en ont l'air, je vous présente encore...

métallurgie.

Le mot est attesté en 1611 (!!), au sens de “recherche des minerais dans la terre”.

Oui, car le grec ancien μεταλλουργός, metallourgós, désignait notamment le mineur, celui qui travaillait dans les gisements de métal (or, argent, fer ou cuivre).

μέταλλον, métallon désignait ainsi la mine, la carrière, mais aussi le métal.

Le mot (je parle de métallurgie, on suit) a été recréé plus tard, fin du XVIIème cette fois, pour désigner l'ensemble des procédés de fabrication des métaux, le travail des métaux, et l'ensemble des entreprises fabriquant des métaux.


métallurgie


Allez, encore un mot en -ergie...

Enfin, non, pas exactement en -ergie, mais en -urgie.


Chirurgie.

Emprunté sous la forme cirurgie, fin du XIIème au latin chirurgia, emprunt à à ? l'ancien grec χειρουργία, kheirourgía:
  • χείρ, kheír, “main”

  • ἔργον, érgon.

Chirurgie est donc, littéralement, le travail de la main.


chirurgie (dite) esthétique: la jeune femme qui voulait ressembler à Barbie



Et un dernier pour la route, toujours en -urgie...

liturgie !

Sans rire, vous y aviez pensé? 

Nous l'avons emprunté fin XVIème au latin chrétien liturgia, “service de Dieu, du culte”.

liturgie au sein de l'église anglicane


Évidemment, liturgia n'était lui-même qu'un emprunt à l'ancien grec.
Mais si vous voulez vraiment le savoir, ici, il ne s'agissait pas de grec classique, mais hellénistique, celui qui suivit le grec classique.
Le grec - héllénistique - λειτουργία, leitourgía, sur lequel le latin liturgia était calqué, était composé de ...
  • λειτ-, leit-, que l'on soupçonne provenir de λαός, laós, “peuple”
et de
  • -ουργός, -ourgós, dérivé de ἔργον, érgon (oui, ça n'a pas changé: “travail...”)

Travail pour le peuple ??

Oui, il faut savoir qu'avant de désigner l'ensemble des rites, cérémonies et prières dédiés au culte d'une divinité religieuse, le grec λειτουργία, leitourgía désignait précisément un service public: un service mis en place par la cité et que les plus riches - avec plus ou moins de bonne volonté -, finançaient et géraient avec leur fortune personnelle. Une sorte de mécénat politique, si vous voulez...

En d'autres termes, les plus riches payaient de leur propre poche certaines dépenses publiques...

Ça n'a pas duré.





grec ancien 
ἔργον, érgon, “oeuvre, action, travail, tâche...”
composés grec anciens
mots français en ergo-, en -ergie ou -urgie




Et voilà, encore une flopée de dérivés de notre lointaine *werǵ-, “faire”.

Au menu de la semaine prochaine, encore des dérivés français du grec ancien ἔργον, érgon, “oeuvre, action, travail, tâche...”.


- ENCORE ?? Mais ??





- Allons allons, courage. 
Ce n'est qu'un mauvais moment à passer.
Vous allez voir, après - promis juré -, on passera à des descendants de *werǵ-, “faire” dans d'autres groupes linguistiques.


Je vous souhaite, à toutes et tous, un excellent dimanche, et une très bonne semaine !




Frédéric






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Attention,
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CHAQUE JOUR de la semaine.
(Mais de toute façon,
avec le dimanche indo-européen,
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Et pour nous quitter,

un chant liturgique templier.

Le Salve Regina, 

superbe antiphona (“chant à réponse”, du grec ancien ἀντίφωνος, antíphônos, “qui sonne en retour”)






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